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Ma femme et moi avions fait l’achat d’un très belle litote blanche à la foire de Verrières, achat impulsif à vrai dire, qui, sur le chemin du retour, ne laissa la place qu’à un long silence de résignation pour moi et une vaine tentative de rationalisation de l’acte pour ma femme.

Arrivés dans notre modeste appartement déjà trop petit pour contenir les centaines d’articles inutiles qui s’y accumulaient depuis presque dix ans, nous eûmes un moment de découragement. Puis ce fut l’illumination, la solution tombée du ciel, lorsque notre fils sortit de sa chambre et nous offrit du haut de ses sept ans son plus beau sourire.

Hélas, à l’euphorie des premières semaines, succéda, lentement mais sûrement, la force de l’habitude, l’étreinte de l’addiction, la poigne de la compulsion.

Au bout de six mois, il fallut nous rendre à l’évidence : l’argent que nous avions gagné en vendant notre fils n’avait servi qu’à acheter de nouveaux objets inutiles, anaphores, cheptels, entretoises, livres, catachrèses et autres ridoirs, lesquels avaient rapidement emplis la chambre laissée vide. Bref, retour à la case départ. Et Kevin commençait à nous manquer.

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« Un final décapant »

(12/12)

Avec tout ça, je m’étais mis en retard et je n’avais pas trouvé mon graal. Heureusement, il y avait un Walmart non loin. Je réajustai mes bas et m’y rendis, la peur au ventre.

C’était mon jour de chance : les graals étaient en promotion : trois pour le prix de deux :  je pris deux packs, soit six graals. Avec ça, j’étais tranquille pour un an, facile.

J’avais eu chaud, mais tout est bien qui finit bien.

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« Ne pas s’arrêter à ça. » (Genesio)

(11/12)

Je fis fi des ordres du contremaître et, après avoir installé à la va-vite un va-et-vient dans l’escalier principal, descendis à la salle des machines. Là, une surprise de taille m’attendait : un salafiste en habit de gala s’exerçait, avec brio, à reproduire le fameux moonwalk de Michael Jackson. Ma présence ne sembla pas l’importuner. Je crus d’abord qu’il feignait de m’ignorer pour provoquer mon ire mais, en réalité, il était sourd et aveugle ; je ne l’appris que bien plus tard, de la bouche de sa mère, la délicieuse Amina aux longs pieds. Mais c’est une autre histoire.

Je parvins jusqu’au réacteur central en me faufilant au milieu d’une jungle de câbles électriques. Je n’eus aucun mal à identifier la cause de la panne : une colonie de fourmis rouges grignotait méthodiquement les gaines thermiques des mélangeurs : l’inversion de potentiel avait provoqué un court-circuit, brûlant le condensateur et endommageant le Delco. Je rafistolai le tout à l’aide d’un convecteur et de quelques joints de téflon, comme je l’avais appris de Big Bill, le fils adoptif de Jocelyne aux doux cils, laquelle tenait un bordel à Istanbul à l’époque où, jeune moussaillon rescapé du naufrage du Wandering Chief dans les eaux troubles du Bosphore, j’apprenais la vie la nuit dans les bars mal famés du quartier juif de la ville où de vieux loups de mer trinquaient avec des trafiquants d’opium et des comptables assermentés. Arabes, Chinois, Américains et Russes ; Anglais, Indien et Congolais ; tous étaient de passage en ce carrefour des mondes pour gagner leur vie et surtout pour la dépenser. Puis je me suis orienté vers des études de droit pénal.

Quand je revins à la salle des machines, le salafiste avait disparu. J’appris plus tard qu’il avait trouvé la mort dans un tragique accident de camion.

 

 

 

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« Il fallait faire différemment. » (D. Masoni)

(10/12)

La violence du choc fut telle que les lances se rompirent et que les deux combattants vidèrent leurs arçons. La lutte continua au sol, à l’épée. On ignore tout des raisons qui poussèrent deux chevaliers réputés pour leur galanterie et leurs bonnes manières à se jeter dans un duel à mort. Toutefois, ce genre d’événement étant fréquent à l’époque, on laissa faire.

Il fallut attendre le début du vingt-et-unième siècle pour que le gouvernement s’attelât à la lourde tâche de la réforme du régime des retraites. Las ! Accueillie dans un concert de louanges, la réforme ne produisit pas les effets escomptés. La faute à une administration peu encline à sortir de sa routine. Le rapport de la Cour de comptes était un véritable pavé dans la mare.

C’est dans ce climat particulièrement délétère que je fus embauchée comme employée de bureau au 27 rue de la Glacière, dans le treizième arrondissement. Mon travail consistait à corriger les épreuves du dernier ouvrage d’Alain Rey, un authentique brûlot chuchotait-on dans les couloirs. Je réajustai mes bas et me mis au travail.

383

« Relancer la machine. » (Cyril Abiteboul)

(9/12)

Or, rares, très rares sont les champignons mûrs en cette saison. Ce qui devait arriver arriva :  elle revint bredouille. Le chemin du retour fut pénible. Elle descendit de la montagne à cheval, le dos courbé, les mains croisées, triste, et songeant aux dernières paroles de son père : « Ce qu’il faudrait, c’est un Grenelle de l’environnement. »

À mille lieux d’imaginer ce qui s’était passé sur les pentes pierreuses du Mont Rapin, je continuais de scruter l’obscurité de la forêt. J’allais renoncer et rebrousser chemin, lorsque des chants se firent entendre. C’étaient des ave maria et des pater noster qui s’élevaient au ciel en vain, dérisoires voix villageoises mêlées au vent mauvais, implorant puérilement que la pluie tombât enfin. C’est alors que je la vis, en tête de la procession : Emmanuelle Béart. Belle, très belle, d’une beauté ineffable et, bien qu’habillée, bandante à souhait. Je me masturbai brièvement derrière un chêne millénaire puis m’éloignai à pas de loup. Les médias allaient arriver d’un moment à l’autre pour couvrir l’événement.

À mon retour, je retrouvai la belle Amanda au front d’airain. Elle était en proie au plus vif chagrin : sa mère était morte la veille, noyée ou empoisonnée, elle n’en était plus très sûre. De nombreuses voix discordantes s’élevèrent dans les rangs de l’Assemblée. Ce sont les aléas de la vie parlementaire.

 

382

« Je parle à mon chien en espagnol. » (Griezmann)

(8/12)

En ce samedi matin ensoleillé, Juliette et Roméo sortaient de la laverie, comme tous les samedis matins à cette heure-là. Lui soufflait sous le poids d’un panier à linge débordant d’habits propres et trempés tandis qu’elle ployait de porter les lourds sacs des courses qu’ils avaient faites au Superama le plus proche durant les cinquante minutes du cycle de lavage. Les deux amoureux traversaient l’avenue Juan Escutia en direction du numéro 47, presque en face de la laverie, lorsqu’une Golf GTI, déboulant à contre-sens de la rue Amatlan, faillit les faucher, ne leur passant qu’à quelque centimètres, avant de s’engouffrer à toute vitesse et de nouveau à contre-sens dans la rue Cuernavaca, en faisant crisser ses pneus.

La scène était peu extraordinaire pour cette ville. En revanche, jamais on n’y avait vu quatre mousquetaires arborant les armes de la famille Barbey d’Aurevilly, d’azur, à deux bars adossés d’argent, au chef de gueule, chargé de trois besants d’or, poursuivre une Golf GTI ou tout autre véhicule motorisé. Bien conscients de cette incongruité, les mousquetaires jugèrent plus sage de ne pas se faire remarquer. Ils mirent pied à terre et se dispersèrent dans la foule pour semer d’éventuels suiveurs.

Quant à Juliette et Roméo, mus par cet étrange ressort hormonal qui mêle l’excitation au danger, ils s’unirent sexuellement après avoir monté quatre à quatre les escaliers qui menaient à la terrasse de l’immeuble.

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« Si ça dure, j’ai un peu plus de chances. » (Djokovic)

(7/12)

Alors que l’auto de notre héros file à toute allure et à contre-sens dans l’étroite ruelle, son esprit s’immerge dans un océan de pensées dont la portée n’échappera à personne mais qui, au moment où il les conçoit, manquent cruellement de pertinence.

Il songe. « Céder est un excellent moyen de mettre un terme aux hostilités ; c’est même le moyen le plus sûr. Son coût, cependant, est souvent élevé. » Il feint de s’interroger. « N’est-ce pas folie que vivre en sage parmi les fous ? « 

Rattrapé par son instinct de survie, il se ressaisit et se livre à une froide évaluation de la situation. « Si je me sors de ce mauvais pas, il me faudra encore traverser les Ardennes, et de nuit encore ! À cette période de l’année, je risque de tomber nez-à-nez avec un germanopratin ou un nouvel impétrant. Sans compter les loups. »

Tout cela nuit à la bonne compréhension du récit.