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« Tout corps plongé dans un fluide au repos subit une force verticale, dirigée de bas en haut et opposée au poids du volume de fluide déplacé. » Le principe d’Archimède est très intéressant et a été mainte fois vérifié. On garde notamment en mémoire le spectaculaire dispositif expérimental du capitaine Edward J. Smith.

Moins connu et pourtant tout aussi universel est le principe formulé à corps et à cris par l’enfant de moins de trois ans à l’heure du bain : « Dans des conditions atmosphériques stables, le temps nécessaire pour mettre l’enfant dans son bain est exactement égal à celui qu’il faudra pour l’en faire sortir. »

Ça tourne autour de trente minutes.

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On fait grand cas des miracles de Jésus Christ mais un minimum de sens historique permet de replacer les événements dans une perspective somme toute rationnelle. C’est en effet avant tout une question d’époque, il faut se mettre dans le contexte.

Imaginez, un meeting de plus de trois mille personnes en plein désert, une chaleur suffocante, des disciples pleins de bonne volonté mais mal organisés, pas de sono, pas d’intendance. Et la foule qui commence à gronder : elle a faim.

N’oublions pas que Jésus n’avait pas de smartphone. Il lui était donc techniquement impossible de commander des pizzas. Il n’avait pas le choix : il ne lui restait plus qu’à multiplier les pains et les poissons qu’il avait sous la main.

 

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Ce jour-là, Julie arriva au bureau vêtue d’une charmante robe moulante qui mettait en valeur ses formes tout en soulignant l’élégance naturelle de sa démarche.
Commentaire de Stéphanie : « Et son mec la laisse sortir comme ça ! »

Le même jour, Jean-Claude arborait une cravate rouge à pois blancs sur une chemisette moutarde. Sa veste de costume n’était pas assortie au pantalon et il était chaussé d’horribles mocassins marron, à glands.
Commentaire de Stéphanie : « Et sa femme le laisse sortir comme ça ! »

Donc réjouissons-nous, le sexisme n’est pas réservé à l’élite masculine. Les femmes aussi y ont accès.

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Monsieur Albert s’est distingué très tôt par sa farouche opposition aux extrémismes. Ce fut le combat d’une vie.

La plus rude épreuve qu’il dût surmonter sur cette route semée d’embûches fut, dès l’âge de vingt ans (c’est-à-dire à l’époque où ses camarades lançaient des pavés à la tête des CRS), de résister à la tentation de sombrer dans l’un ou l’autre des termes de la fameuse injonction : « plutôt mourir debout que vivre à genoux ». Il ne se laissa pas impressionner et décida résolument de vivre assis. Sa détermination lui permit de se faire embaucher comme aide-comptable dans la succursale d’une multinationale spécialisée dans l’import-export de chaises de bureau. Pendant près de cinquante ans, il continua la lutte, fidèle au poste, déterminé à ne rien lâcher. La noblesse de son combat forçait le respect.

Aujourd’hui, c’est un homme épanoui – mais toujours sur le qui-vive – qui nous confie : « Pas question de me reposer sur mes lauriers. Mon prochain défi, c’est d’être muté au siège. »

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De dos, et avec si peu de recul, la ressemblance était troublante. Même coiffure, même parfum du même shampooing flottant autour de la chevelure brune, même boucles d’oreilles dorées, même jolie veste cintrée à fines rayures bleues, même petite jupe, très courte, et chaussures à talon identiques. Il s’étonna de trouver son épouse dans le métro à cette heure de la journée, mais la vie n’est-elle pas faite de surprises ? Et se retrouver dans le même wagon, pressés par la foule, n’était-ce pas un signe du destin qui célébrait ainsi leur délicieuse complicité ?

La réponse est oui, la vie est bourrée de surprises.

Il s’excusa auprès de l’inconnue et remis son sexe dans mon pantalon.