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« Relancer la machine. » (Cyril Abiteboul)

(9/12)

Or, rares, très rares sont les champignons mûrs en cette saison. Ce qui devait arriver arriva :  elle revint bredouille. Le chemin du retour fut pénible. Elle descendit de la montagne à cheval, le dos courbé, les mains croisées, triste, et songeant aux dernières paroles de son père : « Ce qu’il faudrait, c’est un Grenelle de l’environnement. »

À mille lieux d’imaginer ce qui s’était passé sur les pentes pierreuses du Mont Rapin, je continuais de scruter l’obscurité de la forêt. J’allais renoncer et rebrousser chemin, lorsque des chants se firent entendre. C’étaient des ave maria et des pater noster qui s’élevaient au ciel en vain, dérisoires voix villageoises mêlées au vent mauvais, implorant puérilement que la pluie tombât enfin. C’est alors que je la vis, en tête de la procession : Emmanuelle Béart. Belle, très belle, d’une beauté ineffable et, bien qu’habillée, bandante à souhait. Je me masturbai brièvement derrière un chêne millénaire puis m’éloignai à pas de loup. Les médias allaient arriver d’un moment à l’autre pour couvrir l’événement.

À mon retour, je retrouvai la belle Amanda au front d’airain. Elle était en proie au plus vif chagrin : sa mère était morte la veille, noyée ou empoisonnée, elle n’en était plus très sûre. De nombreuses voix discordantes s’élevèrent dans les rangs de l’Assemblée. Ce sont les aléas de la vie parlementaire.