145

Maman a inséré le CD de Duran Duran dans la mini-chaîne stéréo et a appuyé sur le bouton « play ». Bébé s’est mis à pleurer dès la première chanson.

Pourtant, bébé avait mangé, sa couche était propre, il n’était ni trop ni trop peu couvert, la température ambiante était idéale. Va-t-on douter de l’impartialité d’un bébé de deux mois ? Prétendra-t-on que papa l’a endoctriné et le manipule à des fins purement égoïstes ? Soyons sérieux. Nous tenons ici une preuve éclatante de la nocivité de Duran Duran.

La vérité sort de la bouche des enfants.

144

Les livres de la bibliothèque du salon prennent soin de parler à voix basse mais l’oreille attentive peut surprendre leurs conversations…

La Bible :  Dites, vous n’auriez pas vu Don Bosco ?

Larousse :  Le Don Bosco préfacé par Jean-Paul II ? Hérité de la bibliothèque de la tante Rose  ? Fini, dehors ! Le patron l’a jeté ce matin. Il l’a pris la main dans le sac.

La Bible : Mais que s’est-il passé ?

Larousse : Don Bosco est descendu au rayon enfants. Le patron l’a surpris entre Petit Ours Brun prend son bain et Tchoupi à la plage.

La Bible : Ah, il devait leur apprendre à ouvrir leurs pages, il aime tellement les enfants. C’est un Saint, vous savez.

Le Robert :  Tu parles ! Il essayait de frotter son imprimatur contre leur ISBN ! Le patron est arrivé à temps grâce à la biographie de Deleuze qui a donné l’alerte en se jetant du cinquième étage.

La Bible : Oh ! Ah mais moi je ne savais pas ! Je ne pouvais pas savoir, je suis loin de l’étage des publications destinées à la jeunesse. C’est simple, d’ici on ne peut pas voir. Mais soyez assurés que je condamne fermement ces agissements !

143

Combien d’injustices, chaque jour, causées par des conclusions hâtives, elles-mêmes fondées sur de bêtes préjugés, eux-mêmes socle de la paix sociale ?

Tenez, depuis quelques mois, on avait parfois la désagréable surprise de trouver une flaque d’urine dans l’ascenseur. Pour les locataires de l’immeuble, l’affaire était entendue, le responsable était le caniche récemment acquis par madame Bite (certains patronymes ne sont pas faciles à porter, c’est vrai, encore une injustice) alors que, techniquement, cette immondice pouvait très bien être le fait des dobermans de monsieur Con (lui porte très bien son nom, le destin peut être implacable ET pertinent). Bref, aucune preuve mais notre instinct social était formel : mieux vaut accuser un caniche que deux dobermans. L’odeur pestilentielle nous faisant perdre tout jugement, combien de regards outrés la pauvre madame Bite n’a-t-elle pas essuyés ? Et n’aurait-on pas fini par la condamner à essuyer plus que des regards si la situation avait perduré ?

Or, force est de constater qu’on n’a plus vu une seule trace d’urine dans l’ascenseur depuis le décès du retraité du sixième étage.

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« La gestion irresponsable du précédent gouvernement a généré une forte hausse du déficit public et a saturé les déflecteurs de rayons gamma. Si nous n’agissons pas tout de suite, l’énergie cosmique accumulée va faire sombrer le pays dans une récession. La seule façon d’éviter la catastrophe est de modifier l’orbite de la base stellaire des Hypériens afin de réduire les déficits et de nous donner ainsi la marge de manœuvre nécessaire pour libérer l’énergie nucléaire des réacteurs à mégatrons, ce qui  devrait créer un contre-champ magnétique capable de baisser les impôts qui pèsent sur les familles.  J’ai confié cette mission au Premier ministre Iron Man. Je suis sûr que sa grande expérience et sa vision des enjeux stratégiques, alliées aux connaissances galactiques de l’équipe gouvernementale, permettront de redresser l’économie et sauveront notre pays de la destruction. »

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« Les Hypériens ont créé  un champ temporel de trop forte magnitude et le passage de la comète a saturé les déflecteurs de rayons gamma. Si nous n’agissons pas tout de suite, l’énergie cosmique accumulée va faire s’effondrer le tunnel temporel et la planète Terre sera engloutie par le cataclysme que déclenchera cette réaction en chaîne. La seule façon d’éviter la catastrophe est de modifier l’orbite de la base stellaire des Hypériens pour qu’elle croise la trajectoire de la comète et qu’elles se désintègrent mutuellement, juste en face des déflecteurs de rayons gamma. En libérant l’énergie nucléaire des réacteurs à mégatrons de la base stellaire, la désintégration devrait créer un contre-champ magnétique capable de rétablir l’équilibre des particules galactiques. Pour cette mission, j’ai demandé à Iron Man de faire équipe avec le Capitaine Flam. Iron Man est le seul à avoir la puissance de feu suffisante pour prendre contrôle de la base stellaire. Et grâce aux connaissances galactiques du Capitaine Flam, je suis sûr qu’ils réussiront leur mission et sauveront notre planète de la destruction. »

« La gestion irresponsable du précédent gouvernement a généré une forte hausse du déficit public juste au moment où l’éclatement de la bulle spéculative entrainait la zone Euro dans une spirale de décroissance. C’est pourquoi il faut agir immédiatement si nous ne voulons pas voir le pays sombrer dans une récession qui détruirait de nombreux bassins d’emplois en défaisant le tissu industriel national et le chômage s’étendre au point de menacer le lien social. Seules des mesures énergiques sont à même de redresser les finances afin de réduire les déficits et nous donner ainsi la marge de manœuvre nécessaire pour baisser les impôts qui pèsent sur les familles et alléger les charges qui entravent le dynamisme des entreprises. J’ai confié cette mission au Premier ministre qui s’est d’ores et déjà attelé à la tâche de constituer un gouvernement d’action. Je suis sûr que sa grande expérience et sa vision des enjeux stratégiques, alliées au soutien sans faille de l’équipe gouvernementale, permettront de redresser l’économie et donneront l’impulsion nécessaire au renouveau de notre pays. »

140

Mon pauvre cœur est ravagé
Mon pauvre cœur de boulangère
Tu quittes Nantes pour Angers
Ta femme pour une étrangère

Mon pauvre cœur est ravagé
Tu l’abandonnes dans l’ornière
Tu l’as siphonné vidangé
Tu fuis avec la poissonnière

Dis-moi donc ce qu’elle a de plus
Elle se prend pour une reine
Mais elle est loin d’être Vénus
Elle est juste froide et hautaine

Dis-moi donc ce qu’elle a de plus
Je doute qu’une telle hyène
Un jour à l’orgasme te mène
Que mieux que moi elle te suce

Mais j’entends sonner la sonnette
Certainement c’est le facteur
Il me chante sa chansonnette
Il voudrait conquérir mon cœur

Mais j’entends sonner la sonnette
C’est tous les jours à la même heure
Qu’il achète un croissant au beurre
Et moi je me sens guillerette

J’aime qu’il m’appelle ma biche
Et qu’il me chante haut et fort
Boulangère j’aime tes miches
Donne-les moi et tout ton corps

J’aime qu’il m’appelle ma biche
Ce beau facteur qui vient du Nord
Il est blond comme un lingot d’or
Mon Dieu voilà que je m’entiche

Mon cœur n’est plus si ravagé
Je sens qu’il revient à la vie
Il a envie de partager
Et mon corps est du même avis

Mon cœur n’est plus si ravagé
Le facteur me fait très envie
Je rêve déjà de son vit
Déjà j’oublie le boulanger

Ainsi termine la complainte
D’une femme libre et sans crainte
Elle était belle et très bien faite
Boulangère et femme poète

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« Il faut de tout pour faire un monde. »

Non seulement on cite souvent cette phase hors de son contexte et sans préciser qu’elle est de Yahvé (car c’est bien lui l’auteur de cette affirmation où perce la mauvaise foi typique de celui qui cherche à fuir ses responsabilités, à moins que ce soit une manière, maladroite, de s’excuser), bref, non seulement on cite à tort et à travers mais en plus on cite mal.

Car la phrase exacte prononcée par Yahvé au terme du cinquième jour est : « Il faut de tout et n’importe quoi pour faire un monde ».

Et il a ajouté : « Tiens, je vais en remettre une couche, de n’importe quoi, en cas que ça viendrait à manquer. »