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Monsieur Albert s’est distingué très tôt par sa farouche opposition aux extrémismes. Ce fut le combat d’une vie.

La plus rude épreuve qu’il dût surmonter sur cette route semée d’embûches fut, dès l’âge de vingt ans (c’est-à-dire à l’époque où ses camarades lançaient des pavés à la tête des CRS), de résister à la tentation de sombrer dans l’un ou l’autre des termes de la fameuse injonction : « plutôt mourir debout que vivre à genoux ». Il ne se laissa pas impressionner et décida résolument de vivre assis. Sa détermination lui permit de se faire embaucher comme aide-comptable dans la succursale d’une multinationale spécialisée dans l’import-export de chaises de bureau. Pendant près de cinquante ans, il continua la lutte, fidèle au poste, déterminé à ne rien lâcher. La noblesse de son combat forçait le respect.

Aujourd’hui, c’est un homme épanoui – mais toujours sur le qui-vive – qui nous confie : « Pas question de me reposer sur mes lauriers. Mon prochain défi, c’est d’être muté au siège. »

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De dos, et avec si peu de recul, la ressemblance était troublante. Même coiffure, même parfum du même shampooing flottant autour de la chevelure brune, même boucles d’oreilles dorées, même jolie veste cintrée à fines rayures bleues, même petite jupe, très courte, et chaussures à talon identiques. Il s’étonna de trouver son épouse dans le métro à cette heure de la journée, mais la vie n’est-elle pas faite de surprises ? Et se retrouver dans le même wagon, pressés par la foule, n’était-ce pas un signe du destin qui célébrait ainsi leur délicieuse complicité ?

La réponse est oui, la vie est bourrée de surprises.

Il s’excusa auprès de l’inconnue et remis son sexe dans mon pantalon.

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C’est un préjugé qui a la vie dure celui qui mêle dans un même pot à charabia la poésie, la passion, les femmes et les fleurs.

Il arrive cependant que cette confusion donne d’exquises combinaisons, comme le démontre une fois de plus mon ami Jean-Claude, toujours aussi spontané dans l’expression de ses émotions :

« Tu comprends, la femme est comme une fleur, elle a besoin d’un bon coup de bite pour être épanouie. »

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Elle avait un corps si parfait qu’on espérait qu’elle fût un peu chienne, un peu cochonne, coquine à tout le moins. Hélas, il y avait longtemps qu’elle s’était mariée avec son miroir, son plus fidèle et attentif compagnon dans sa quête de perfection. Lui seul était admis à la connaître dans l’intimité, lui seul avait vu nues toutes et chacune de ses courbes fabuleuses.

Au début, il n’en profitait guère, trop froid pour s’émouvoir. Mais peu à peu, jour après jour et sans précipiter les choses, elle sut gagner sa confiance et finit par s’approcher de lui si près qu’il s’embuait de la tête aux pieds.

Leur étreinte fut fatale. On la retrouva morte, les veines coupées. Lui était brisé.

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Et c’est Sœur Suzanne, de la paroisse de Saint-Donatien, qui gagne notre Grand Concours dont l’épreuve consistait à compléter ce texte extrait d’un roman oublié d’un grand auteur :

« Elle écarta les ______. De ses yeux mi-clos où brûlait le ______ , elle le vit tomber à genoux et plonger son visage entre ses ______ , et se mettre à ______ . Elle en rêvait depuis si longtemps : ce fut un moment de pur plaisir. Puis il se releva et sortit de son ______ un énorme _____ , qu’il plaqua contre sa gorge. Les yeux grand ouverts maintenant, elle ______ en haletant. Elle avait ______ bien des hommes dans sa vie, et souvent plusieurs à la fois, mais jamais elle n’avait vu un si grand ______. Combien de femmes pouvaient prétendre avoir provoqué une telle ______ ? Contempler ce ______ suffisait à la faire ______ de plaisir. Elle continua de le ______ quelques instants. Puis vint le moment où, à son regard perdu, elle comprit qu’il n’en pouvait plus. Elle ne put retenir un cri de jouissance lorsqu’il enfonça son ______ dans sa ______ . »

Il s’agissait de la scène dramatique du suicide de Jean-Paul, scène finale de La cruauté de Jeanne.  Nul doute que Sœur Suzanne avait lu cette œuvre de jeunesse de Paul Claudel car elle n’a fait aucune erreur ni omission. Voici donc la solution :

Rideaux – mépris – mains – sangloter – manteau  – poignard  – observait – blessé – désarroi – tristesse – désespoir – glousser – regarder – poignard – gorge.

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Vous comprenez, tous vos maux viennent de là, pas la peine d’aller chercher plus loin. Ulcère à l’estomac, embonpoint, migraines, tachycardie… tout ça c’est la vie sédentaire mon vieux. Allez, faites un effort, et revenez me voir dans un mois.

J’ai bien vu qu’il l’avait mal pris. Pourtant, je l’avais gentiment aidé à pousser son fauteuil roulant jusqu’à l’ascenseur.