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Le blog a ceci de commun avec la poésie qu’il y a plus de blogueurs que de lecteurs de blogs. Donc écrire un blog, c’est être un peu poète.

Or la poésie c’est grosso modo le soleil couchant qui rougeoie sur l’océan, ou, pour ceux qui sont plutôt campagne, un chêne millénaire au milieu d’un champ de blé s’étendant à perte de vue sous un soleil d’or.

Alors, avec ça, comment voulez-vous que le blogueur soit adulé, admiré, ou simplement respecté ? Pour que l’image du blogueur monte un peu dans l’estime du peuple il faudrait un blogueur maudit, un suicidé, un aliéné, ou, minimum, un ivrogne.

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J’ai recu de nombreuses lettres d’admirateurs et d’admiratrices me pressant de continuer au plus vite, je cite, « cette épopée qui aura bientôt sa place dans les manuels de littérature ». Comment nier qu’on se lasse peu de l’enthousiasme d’autrui (pourtant forme reconnue de débilité) lorsque celui-ci nous conforte dans notre vice privé et nous encourage à le rendre public depuis notre terrier molletonné ?

À ce stade de l’euphorie, mon esprit enfiévré est soudainement saisi par ce qu’on appelle l’éthique, sentiment à la fois diffus, variable et magique qu’on trouve en abondance dans les civilisations avancées. Et l’éthique impose de reconnaître sa dette. Donc, je tiens à souligner ici que ce blog ne serait pas ce qu’il est sans l’exemple de l’Autofictif, bien connu blog d’Éric Chevillard (http://l-autofictif.over-blog.com/). Aurais-je eu l’idée de bloguer de la sorte si je n’avais pas lu les plus de 2000 livraisons quasi quotidiennes de Chevillard ? Pas sûr. Ce dernier s’en remettra-t-il ?

Voilà, j’ai rendu à César, le reste m’appartient.