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« Peugeot va créer 200 emplois dans son usine de Mulhouse. »

L’idée initiale était de créer des automobiles mais finalement on a préféré créer des emplois.

Drôle d’idée ? Ne vous y trompez pas, voilà au contraire une stratégie non dénuée d’arrière-pensées, fruit des plus profondes réflexions de la fine fleur des professionnels de la communication au service de l’industriel français. En effet, créer des emplois est très bien vu par les temps qui courent et constitue sans conteste la meilleure façon de se forger une bonne image de marque dans l’opinion publique. La réaction en chaîne est alors inéluctable. D’abord circonspect, le consommateur moyen finit par fléchir. Pensif, il hoche la tête : il doit bien admettre que le constructeur contribue au bonheur général. Ému par tant de bonté, il cède à son impulsion, sort sa carte de crédit, et achète une voiture.

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Et la femme se mit en devoir de prouver qu’elle était l’égale de l’homme.

Femme cadre supérieure, femme ministre, femme présidente, femme gendarme, femme militaire, femme prêtre, femme footballeuse…

Elle ne tarda pas à se montrer l’égale de l’homme dans tous ces domaines qui illustrent de manière éclatante l’inégalable génie du genre humain.

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Comme tous les êtres humains et selon l’implacable loi de la loterie génétique, Monsieur Albert était né avec ce qu’il est convenu d’appeler des forces et des faiblesses. C’est-à-dire que, dès sa plus tendre enfance, il avait fait preuve d’aptitudes supérieures à la moyenne pour certaines activités et s’était montré au contraire moins doué que la moyenne pour certaines autres activités.

Encouragé par ses parents et avec le soutien sans faille des institutions sociales prévues à cet effet, il consacra une grande part de son enfance et de sa jeunesse à travailler pour corriger ses faiblesses. Au prix d’efforts nombreux et sans saveur il parvint à se hisser plus haut que ce que promettaient ses dispositions naturelles dans des domaines qui, soit dit en passant, n’éveillaient en lui que l’ennui ou la répulsion. Pendant ce temps, il négligeait quelque peu ses forces qui finirent par s’affaisser.

Et c’est ainsi que Monsieur Albert adulte s’avéra être un individu social parfait, ayant atteint le niveau exact de la médiocrité dans tous les domaines de l’activité humaine.

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« Un sens à la vie ? Et pourquoi UN, pourquoi UN et UN SEUL sens à la vie ?!! » s’enflamma le poète à tendance utopico-révolutionnaire (gagnant par la même occasion la sympathie du club des rebelles de salon et l’admiration d’une bonne demi-douzaine de pucelles).

Or, il se trouve que les travaux scientifiques portant sur le sujet sont formels : la vie est bel et bien à sens unique.