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Tandis qu’ils glosaient à l’envi sur les raisons supposées de ce revirement soudain, ne manquant point de rappeler le montant des bénéfices escomptés d’une opération si peu orthodoxe (« mais tellement catholique » ironisait le comte de Fêh), je me tenais coi, rongeant mon frein dans le coin le moins éclairé du vaste salon.

Le hasard voulut que la marquise fît son entrée à cinq heures, à l’instant même où je me levais après avoir réajusté mes bas. Nous étions tous convoqués à une réunion extraordinaire du Conseil d’administration. C’en était fait de mes rêves d’émancipation. Moi qui avais préparé, ressassé et ruminé une sortie éclatante, je fus contraint de la ravaler, mon orgueil avec.

Jean, passant près de moi, me jeta un regard mi-méprisant, mi-amusé, comme s’il avait deviné mes intentions et perçu ma frustration. Mais ce n’était peut-être pas Jean ; tant d’années ont passé… Je me demande si ce n’était pas plutôt André. Ce serait bien dans son genre.

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L’année 2016 avait plutôt bien commencé. On avait réussi à caser le 2 janvier juste entre le 1er et le 3, sans trop de difficulté. Le reste suivrait sans problème, on l’espérait.

Il n’y avait pas de raison.

Après tout, c’était tous les ans la même histoire, alors pas de quoi s’inquiéter.

Enfin, quand même, une année bissextile, c’est pas tous les ans non plus.

Alors soyons vigilants.

Au cas où.